Chaque année, le monde célèbre la paix.
Les nations dialoguent.
Les peuples espèrent.
Les discours appellent à davantage de fraternité.
Pourtant, une question demeure.
Comment un monde en conflit pourrait-il devenir paisible si chaque être humain continue de mener une guerre silencieuse contre lui-même ?
Nous croyons souvent que la paix dépend des circonstances extérieures.
Qu’elle apparaîtra lorsque les conflits disparaîtront, lorsque les injustices prendront fin ou lorsque les conditions deviendront enfin favorables.
Mais une paix qui dépend des événements reste toujours fragile.
Car les circonstances changent sans cesse.
Si notre paix dépend de ce qui change, alors elle changera avec lui.
La véritable paix ne naît pas de l’absence de difficultés.
Elle naît lorsque l’être cesse de se diviser intérieurement.
Nous passons une grande partie de notre existence à nous opposer à nous-mêmes.
Une partie de nous refuse notre passé.
Une autre redoute l’avenir.
Nous luttons contre nos émotions.
Nous combattons nos peurs.
Nous cherchons à devenir quelqu’un d’autre que celui que nous croyons être aujourd’hui.
Cette division intérieure est la première forme de conflit.
Et tant qu’elle demeure, nous projetons inévitablement cette guerre dans nos relations, nos décisions et notre manière de regarder le monde.
Le monde extérieur est souvent le prolongement du monde intérieur.
Ce que nous appelons conflit n’est bien souvent que la rencontre de plusieurs consciences encore séparées d’elles-mêmes.
Car un être qui doit constamment défendre son identité finit par voir des adversaires partout.
Lorsqu’une personne est en paix avec ce qu’elle est, elle n’a plus besoin de vaincre pour exister.
Elle n’a plus besoin d’avoir raison pour se sentir complète.
Elle peut écouter sans se sentir menacée.
Elle peut accueillir une différence sans la vivre comme une attaque.
La paix ne consiste donc pas à supprimer les désaccords.
Elle consiste à faire disparaître le besoin de transformer chaque désaccord en guerre.
Nous imaginons souvent que la paix est une destination.
En réalité, elle est une qualité de présence.
Elle apparaît lorsque la conscience cesse de résister à ce qui est, tout en demeurant libre d’agir avec lucidité.
Accepter ne signifie pas se résigner.
Cela signifie cesser de gaspiller notre énergie à lutter contre la réalité avant même d’agir sur elle.
C’est dans cette clarté que naît une action juste.
Chaque conflit intérieur qui s’apaise transforme notre manière d’être en relation.
Chaque peur comprise cesse de gouverner nos choix.
Chaque blessure intégrée réduit un peu plus la violence que nous risquions de transmettre aux autres.
Ainsi, la paix ne se propage pas par obligation.
Elle rayonne naturellement à partir d’une conscience réconciliée avec elle-même.
Une seule personne profondément apaisée peut modifier l’atmosphère d’une famille.
Une famille transforme un environnement.
Un environnement influence une société.
Les grandes transformations commencent rarement par le nombre.
Elles commencent par une qualité de conscience.
En cette Journée internationale de la paix, la question la plus essentielle n’est peut-être pas :
« Comment changer le monde ? »
Mais plutôt :
« Quelle est la guerre intérieure que je continue d’alimenter, et que je suis enfin prêt à laisser s’éteindre ? »
Car aucune paix durable ne peut être imposée de l’extérieur.
Elle naît lorsque cesse la séparation entre ce que nous sommes et ce que nous croyons devoir être.
À partir de cet instant, notre regard change.
Nos relations changent.
Notre manière d’habiter le monde change.
Et peut-être découvrons-nous alors que la paix n’est pas un objectif à atteindre.
Elle est la nature profonde qui réapparaît lorsque le bruit des conflits intérieurs s’apaise enfin.


