Pourquoi la souffrance persiste tant que l’amour n’intègre pas l’ombre?

Je vais maintenant aller un peu plus loin, parce que si on ne comprend pas la séparation et la reconnexion, on ne comprend ni la souffrance, ni le karma collectif, ni le sens de ce que nous traversons.

La séparation n’est pas une erreur.

C’est un mouvement de la conscience pour se rendre visible à elle-même.

Sans séparation, il n’y a pas de regard, pas de choix, pas de responsabilité.

Mais le problème n’est pas la séparation.

Le problème commence quand la séparation devient un état, et non plus un passage.

À ce moment-là, l’être se vit coupé :

  • de lui-même,
  • des autres,
  • de la Vie.

C’est là que naissent la peur, la lutte, la domination, la fuite.

Et c’est là que la souffrance s’installe.

Pourquoi la souffrance persiste-t-elle ?

Parce que l’amour, tant qu’il reste idéalisé, refuse d’entrer dans l’ombre.

Nous aimons ce qui est lumineux, cohérent, acceptable.

Mais nous rejetons :

  • la colère,
  • la jalousie,
  • la peur,
  • la honte,
  • la violence intérieure.

Or ce que l’amour n’intègre pas, la conscience le vit sous forme de souffrance.

La souffrance n’est pas une punition.

C’est un signal.

Elle indique précisément l’endroit où l’amour ne circule pas encore.

Tant que l’ombre est combattue, elle agit dans l’inconscient.

Tant qu’elle est niée, elle gouverne la réalité.

Et tant qu’elle n’est pas reconnue, elle se répète.

C’est pour cela que le karma persiste, individuellement et collectivement.

Non pas parce que nous sommes coupables,

mais parce que nous n’avons pas encore aimé consciemment ce que nous refusons de voir.

La reconnexion ne se fait pas en fuyant l’ombre.

Elle se fait en la traversant avec présence.

Et c’est là que la sagesse de Salomon prend tout son sens.

Salomon n’était pas sage parce qu’il choisissait la lumière contre l’ombre.

Il était sage parce qu’il tenait les deux.

Il comprenait que le bien et le mal, la lumière et l’obscurité,

ne sont pas des ennemis, mais des forces à intégrer sous l’autorité de la conscience.

Sa richesse, son pouvoir et sa paix intérieure ne venaient pas d’une pureté idéalisée,

mais de sa capacité à assumer la totalité de l’expérience humaine sans se perdre.

Il savait que ce qui n’est pas intégré devient destructeur,

et que ce qui est reconnu se transforme.

C’est exactement la même loi aujourd’hui.

Nous ne sortirons pas de la souffrance collective en voulant être uniquement « lumineux ».

Nous en sortirons lorsque l’amour sera assez mature pour descendre dans l’ombre,

sans la juger, sans la fuir, sans s’y identifier.

C’est cela, la reconnexion.

Ce n’est pas un retour en arrière.

C’est une réunification consciente.

Et tant que cette réunification ne se fait pas,

la souffrance reste le langage de la conscience pour nous rappeler ce que nous n’avons pas encore intégré.

Nada Rachid